L'Adoration eucharistique

Ostensoir sur l'autel avec le Saint-Sacrement exposé pour l'adoration
Ostensoir portant l'Hostie consacrée pendant l'adoration eucharistique — PerfectUnityOrg · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

L'adoration eucharistique repose sur le dogme central de la présence réelle : le Christ, vrai Dieu et vrai homme, est substantiellement présent sous les espèces du pain et du vin consacrés, tout entier en chaque parcelle.

Histoire et origine

Dévotion née au XIIIe siècle avec la fête-Dieu (Corpus Christi) instituée par Urbain IV (Transiturus de hoc mundo, 1264) à la demande de sainte Julienne de Cornillon. Exposition solennelle du Saint-Sacrement codifiée au concile de Trente (session XIII, 1551). Quarante-Heures introduites à Milan par saint Charles Borromée (1577).

Fondateur / popularisateur. Sainte Julienne de Cornillon (1193-1258) pour la Fête-Dieu ; Urbain IV (bulle Transiturus, 1264) ; saint Thomas d'Aquin qui compose l'office (Pange Lingua, Tantum Ergo, Adoro Te devote) ; saint Pierre-Julien Eymard (1811-1868), apôtre de l'Eucharistie et fondateur des Sacramentins ; saint Jean-Paul II (Ecclesia de Eucharistia, 2003).

Objectif spirituel

Adorer le Christ réellement et substantiellement présent dans le Saint-Sacrement sous les espèces du pain consacré. L'adoration prolonge et approfondit la communion eucharistique, répare les outrages faits au Très Saint Sacrement, obtient des grâces pour l'Église et le monde, et forme l'âme à l'intimité silencieuse avec Dieu. Elle unit le fidèle au sacrifice perpétuel du Christ et préfigure la contemplation céleste.

Commentaire spirituel

L'adoration eucharistique repose sur le dogme central de la présence réelle : le Christ, vrai Dieu et vrai homme, est substantiellement présent sous les espèces du pain et du vin consacrés, tout entier en chaque parcelle. Cette vérité, définie au concile de Trente (session XIII, 1551) contre les négations protestantes, fonde toute la théologie de l'adoration : si le Christ est là, il doit être adoré d'un culte de latrie, le culte dû à Dieu seul. Saint Thomas d'Aquin compose pour la Fête-Dieu les plus beaux hymnes de la tradition, Pange Lingua, Adoro Te devote, Lauda Sion, qui demeurent le sommet de la poésie eucharistique.

Théologiquement, l'adoration prolonge la communion. Celle-ci est reçue brièvement pendant la messe ; celle-là dure autant que le fidèle demeure dans la chapelle, face à l'ostensoir. Saint Jean-Paul II, dans Ecclesia de Eucharistia (2003), invite tous les chrétiens à « se laisser envelopper par l'intimité divine » devant le tabernacle. L'adoration n'oppose pas la messe à l'exposition mais les articule : elle garde la mémoire vivante du sacrifice entre deux célébrations, elle prépare la prochaine communion, elle répare les communions indignes.

Les fruits spirituels sont immenses. D'abord la paix intérieure, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus disait qu'une heure passée aux pieds de Jésus faisait plus pour la sanctification que mille livres. Ensuite la conversion des endurcis par l'intercession silencieuse. Puis l'amour grandissant pour le Sauveur, qui se donne sans réserve et attend qu'on lui tienne compagnie. Enfin la réparation pour les outrages au Saint-Sacrement. L'adoration perpétuelle, instituée dans de nombreux diocèses, maintient jour et nuit la veille priante de l'Église. Un chrétien qui s'engage à une heure hebdomadaire devant le tabernacle transforme peu à peu sa vie.

Comment pratiquer

Le prêtre ou le diacre, revêtu du surplis et de l'étole (ou de la chape pour la bénédiction), expose le Saint-Sacrement dans l'ostensoir placé sur l'autel, entouré de cierges allumés et de fleurs. L'encens est offert pendant l'exposition. Le fidèle s'agenouille, se prosterne ou s'incline profondément, puis prie en silence, récite le chapelet eucharistique, lit l'Écriture, médite les litanies du Saint-Sacrement, ou chante les hymnes de saint Thomas d'Aquin. L'adoration peut durer une heure (heure sainte), un jour (adoration perpétuelle organisée par roulement), ou quarante heures (tradition des Quarante-Heures). La bénédiction finale (Benediction) est donnée : le prêtre voile ses mains du voile huméral, prend l'ostensoir et trace un signe de croix sur l'assemblée pendant que l'on chante le Tantum Ergo et que l'on encense. Suit la reposition avec les louanges divines ('Dieu soit béni, béni soit son saint Nom...'). L'adoration se pratique aussi privativement devant le tabernacle. Silence profond recommandé.

Pour commencer, renseignez-vous sur les chapelles d'adoration perpétuelle ou les créneaux d'adoration hebdomadaire de votre diocèse (jeudi soir est traditionnel). Inscrivez-vous pour une heure fixe, la régularité porte plus de fruits qu'une heure occasionnelle. Arrivez quelques minutes avant, génuflexion profonde devant le Saint-Sacrement exposé. Durant l'heure : les premiers dix minutes, saluez simplement Jésus, posez-lui votre cœur ; ensuite lisez un passage d'Évangile en laissant la Parole résonner ; puis laissez place au silence pur, sans forcer le discours intérieur. On peut aussi réciter le chapelet, les Litanies du Saint-Sacrement, ou simplement regarder l'Hostie.

Écueils à éviter : la distraction mentale (la présence réelle exige le recueillement visible, corporel, dans l'attitude) ; le bavardage intérieur qui veut « dire » alors qu'il faut surtout « écouter » ; l'activisme de prière qui multiplie les dévotions sans silence ; la tiédeur qui remet sans cesse l'engagement. La bénédiction finale (Benediction) avec l'ostensoir, traditionnellement donnée à la fin de l'heure publique, est un sommet sacré : inclinez-vous au moment où le prêtre trace le signe de croix avec le Saint-Sacrement voilé. Le Tantum Ergo et les louanges divines qui suivent (« Dieu soit béni, béni soit son saint Nom... ») méritent d'être appris par cœur.

Procession de la Fête-Dieu avec enfants vêtus en anges autour du dais eucharistique
Procession du Saint-Sacrement à la Fête-Dieu, forme publique de l'adoration — Jonathan Wilkins · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Références bibliques

  • Jean 6, 48-58, discours du Pain de Vie
  • Luc 22, 19, 'Ceci est mon corps livré pour vous, faites cela en mémoire de moi'
  • 1 Corinthiens 11, 27-29, dignité requise pour communier au Corps du Seigneur

Approbations ecclésiales

Bulle Transiturus (Urbain IV, 1264) ; concile de Trente, session XIII (1551) ; encyclique Mirae Caritatis (Léon XIII, 1902) ; Mediator Dei (Pie XII, 1947) ; Mysterium Fidei (Paul VI, 1965) ; Eucharisticum Mysterium (1967) ; Ecclesia de Eucharistia (Jean-Paul II, 2003) ; indulgence plénière pour l'adoration d'au moins trente minutes.

« Je te salue, Jésus, vrai pain des anges, qui te caches sous cette hostie : illumine mon esprit, embrase mon cœur. »

, Saint Thomas d'Aquin, hymne Adoro Te devote (XIIIe siècle)

Questions fréquentes

Quelle attitude corporelle devant le Saint-Sacrement ?

Génuflexion profonde à l'entrée (deux genoux quand le Saint-Sacrement est exposé), puis position à genoux ou assise selon la durée. L'inclination reste juste, la tête couverte n'est plus requise pour les laïcs. Le silence absolu est recommandé.

Peut-on adorer chez soi ?

L'adoration au sens strict suppose la présence réelle, donc le Saint-Sacrement conservé au tabernacle ou exposé. Chez soi, on fait une « visite spirituelle » ou une prière en union avec les adorateurs. La tradition encourage la visite au Saint-Sacrement dans une église proche.

Qu'est-ce que les Quarante-Heures ?

Tradition introduite par saint Charles Borromée à Milan (1577) : exposition continue du Saint-Sacrement pendant quarante heures, en mémoire du temps passé par le Christ au tombeau. Cette pratique se vit aujourd'hui dans de nombreuses paroisses traditionnelles, avant le Mercredi des Cendres.