Viens, Esprit Créateur
Veni Creator Spiritus, Veni Creator Spiritus : hymne à l'Esprit Saint attribué à Raban Maur (IXe s.), texte latin et français, usage à la Pentecôte et aux ordinations.
Fiche de synthèse
- Titre latin
- Veni Creator Spiritus
- Type
- hymne
- Siècle d'origine
- IXe siècle
- Auteur attribué
- Raban Maur (Hrabanus Maurus, c. 780-856), archevêque de Mayence
- Usage liturgique
- Hymne de la Pentecôte (vêpres et tierce du jour et de l'octave). Chanté lors des ordinations sacerdotales et épiscopales, des conclaves pour l'élection du Pape, de l'ouverture des conciles et synodes, des dédicaces d'églises, du couronnement des rois de France à Reims, et chaque 1er janvier pour confier l'année nouvelle à l'Esprit Saint (indulgence plénière).
- Type
- Hymne liturgique à l'Esprit Saint
- Origine
- IXe siècle, monde carolingien
- Auteur
- Attribué à Raban Maur (vers 780-856), abbé de Fulda et archevêque de Mayence
- Forme
- Sept strophes ambrosiennes (8 syllabes, mètre iambique)
- Usage liturgique
- Pentecôte, Vêpres, ordinations, conclaves, ouverture d'année
- Indulgence
- Indulgence plénière le 1er janvier et à la Pentecôte
- Statut
- Hymne pneumatologique majeur de la liturgie latine
Histoire et contexte
Composé au IXe siècle dans le milieu carolingien, l'hymne Veni Creator Spiritus est traditionnellement attribué à Raban Maur, moine bénédictin de Fulda devenu archevêque de Mayence. Inspiré de la théologie augustinienne et des Pères grecs sur l'Esprit Saint, il s'enracine dans la liturgie monastique de l'office de Tierce à la Pentecôte. Diffusé rapidement dans tout l'Occident latin grâce à la réforme carolingienne, il devient l'hymne par excellence de l'invocation pneumatologique. Au Moyen Âge, son chant accompagne les ordinations, dédicaces d'églises, conciles et couronnements. Mis en polyphonie par Dufay, Palestrina puis Mahler, il demeure le chant officiel d'ouverture des conclaves pontificaux.
Texte latin
Veni, Creator Spiritus, Mentes tuorum visita, Imple superna gratia Quae tu creasti pectora. Qui diceris Paraclitus, Altissimi donum Dei, Fons vivus, ignis, caritas, Et spiritalis unctio. Tu septiformis munere, Digitus paternae dexterae, Tu rite promissum Patris, Sermone ditans guttura. Accende lumen sensibus, Infunde amorem cordibus, Infirma nostri corporis Virtute firmans perpeti. Hostem repellas longius, Pacemque dones protinus; Ductore sic te praevio Vitemus omne noxium. Per te sciamus da Patrem, Noscamus atque Filium, Teque utriusque Spiritum Credamus omni tempore. Deo Patri sit gloria, Et Filio, qui a mortuis Surrexit, ac Paraclito, In saeculorum saecula. Amen.
Texte français
Viens, Esprit Créateur, / visite l'âme de tes fidèles, / emplis de la grâce d'en haut / les cœurs que tu as créés. Toi qu'on appelle Paraclet, / don du Dieu Très-Haut, / source vive, feu, charité, / invisible consécration. Toi, le Donateur aux sept dons, / le doigt de la main du Père, / toi, le don promis par le Père, / qui mets sur nos lèvres les trésors de ta parole. Allume en nous ta lumière, / emplis d'amour nos cœurs, / affermis toujours de ta force / la faiblesse de notre corps. Repousse l'ennemi loin de nous, / donne-nous ta paix sans retard, / pour que, sous ta conduite et ton conseil, / nous évitions tout mal et toute erreur. Fais-nous connaître le Père, / révèle-nous le Fils, / et toi, leur commun Esprit, / fais-nous toujours croire en toi. Gloire soit à Dieu le Père, / au Fils ressuscité des morts, / à l'Esprit Saint Consolateur, / maintenant et dans tous les siècles. Amen.
Comment prier le Viens, Esprit Créateur
Faites du Veni Creator votre prière du commencement : avant une étude exigeante, une décision importante, une démarche apostolique, un engagement durable. Le 1er janvier, l'Église accorde une indulgence plénière à sa récitation publique pour l'année qui commence ; la Pentecôte également. À la messe d'ordination, l'évêque le chante au début du rite essentiel, un moment d'une intensité rare. Dans la lectio divina, prenez chaque strophe comme thème : sept semaines pour les sept dons. Le chant grégorien (mode I, Liber Usualis p. 885) en est inséparable.
Questions fréquentes
Quels sont les sept dons de l'Esprit ?
Selon Isaïe 11,2 dans la traduction de la Vulgate : sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété et crainte de Dieu. Ces sept dons structurent l'hymne et en constituent la trame théologique. Saint Thomas en donne le commentaire le plus complet (Somme, II-II, qq. 8-10).
Pourquoi le chante-t-on aux conclaves ?
Avant chaque conclave d'élection pontificale, les cardinaux entrent en procession dans la chapelle Sixtine en chantant le Veni Creator pour invoquer l'assistance de l'Esprit Saint sur leur discernement. C'est un usage attesté depuis le Moyen Âge.
Y a-t-il une indulgence plénière ?
Oui. Le Manuel des Indulgences (Enchiridion indulgentiarum, n° 26) accorde une indulgence plénière à la récitation publique du Veni Creator le 1er janvier et le jour de la Pentecôte, aux conditions habituelles (confession, communion, prière aux intentions du Pape).
Pour aller plus loin
- Raban Maur, De institutione clericorum (commentaire monastique de l'Esprit)
- Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, qq. 8-10 (les dons de l'Esprit)
- Liber Usualis, Solesmes, 1961, p. 885, Veni Creator Spiritus avec les huit tons
Commentaire spirituel
Le Veni Creator Spiritus est l'hymne pneumatologique par excellence de l'Église latine. Sa paternité est attribuée à Raban Maur (vers 780-856), abbé de Fulda et archevêque de Mayence, l'un des plus grands théologiens carolingiens. Composé en sept strophes ambrosiennes (mètre iambique de huit syllabes), l'hymne décline les sept dons traditionnels de l'Esprit : sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété, crainte de Dieu (Is 11,2 dans la version septantienne).
La structure dramatique est admirable. Il commence par un appel, Veni Creator Spiritus, puis énumère les attributs de l'Esprit (Don, Source, Feu, Onction, Doigt de Dieu), demande la lumière et la chaleur, écarte l'ennemi, donne la paix, fait connaître le Père et le Fils. La doxologie finale, Deo Patri sit gloria…, confesse explicitement la Trinité. C'est un traité de pneumatologie versifié, condensé pour le chant.
Cette hymne est invoquée à tous les commencements solennels : ordinations sacerdotales et épiscopales, début des conciles et des synodes, ouverture des conclaves pour l'élection du pape, rentrée des séminaires, dédicace des églises, profession monastique. Saint Thomas d'Aquin la chantait, dit-on, avant de commencer chaque quaestio de la Somme théologique. Toute œuvre chrétienne a besoin de cet appel initial : Veni, viens.