La Mère se tenait debout
Stabat Mater dolorosa, Stabat Mater dolorosa : séquence attribuée à Jacopone da Todi (XIIIe s.), texte latin et français, méditation des sept douleurs de Marie.
Fiche de synthèse
- Titre latin
- Stabat Mater dolorosa
- Type
- séquence
- Siècle d'origine
- XIIIe siècle
- Auteur attribué
- Jacopone da Todi (c. 1230-1306), franciscain spirituel ombrien (autres attributions médiévales : Innocent III, saint Bonaventure)
- Usage liturgique
- Séquence chantée le 15 septembre à la fête de Notre-Dame des Sept Douleurs (Beatae Mariae Virginis Perdolentis), où elle est facultative avant l'Évangile. Traditionnellement associée au Vendredi Saint et aux vendredis de Carême, en particulier au Vendredi des Douleurs (vendredi avant le dimanche des Rameaux). Chantée durant le Chemin de Croix (Via Crucis) entre les stations dans la dévotion populaire, et lors des processions du Vendredi Saint dans le monde hispanique et italien.
- Type
- Séquence liturgique (hymne mariale de la Passion)
- Origine
- XIIIe siècle, Italie franciscaine
- Auteur
- Attribué à Jacopone da Todi (vers 1230-1306), franciscain spirituel
- Forme
- Vingt strophes tercets en mètre trochaïque
- Usage liturgique
- Notre-Dame des Sept-Douleurs (15 sept.), Vendredi Saint, Chemin de Croix
- Approbation
- Missel romain de Pie V (1570), retiré, réintroduit par Benoît XIII (1727)
- Statut
- L'une des cinq séquences du Missel romain
Histoire et contexte
Cette séquence latine est née dans la mystique franciscaine du Duecento italien, traditionnellement attribuée au frère Jacopone da Todi, poète mystique d'Ombrie auteur des Laude. Elle se déploie en vingt strophes de tercets en trochée, contemplant la compassion (cum-passio) de Marie au pied de la Croix, selon Jean 19,25. Diffusée par les confréries de pénitents et les flagellants au XIVe siècle, elle est intégrée au Missel romain par Sixte V (1586) puis fixée par Innocent XI (1681) à la fête des Sept Douleurs. Mise en musique par les plus grands - Josquin, Palestrina, Pergolesi (1736), Haydn, Rossini, Verdi, Dvořák, Poulenc - elle demeure l'une des œuvres les plus traduites et chantées du répertoire chrétien.
Texte latin
Stabat Mater dolorosa iuxta Crucem lacrimosa, dum pendebat Filius. Cuius animam gementem, contristatam et dolentem pertransivit gladius. O quam tristis et afflicta fuit illa benedicta Mater Unigeniti! Quae moerebat et dolebat, Pia Mater, dum videbat Nati poenas incliti. Quis est homo qui non fleret, Matrem Christi si videret in tanto supplicio? Quis non posset contristari, Christi Matrem contemplari dolentem cum Filio? Pro peccatis suae gentis vidit Iesum in tormentis, et flagellis subditum. Vidit suum dulcem natum moriendo desolatum, dum emisit spiritum. Eia Mater, fons amoris, me sentire vim doloris fac, ut tecum lugeam. Fac ut ardeat cor meum in amando Christum Deum, ut sibi complaceam. Sancta Mater, istud agas, crucifixi fige plagas cordi meo valide. Tui nati vulnerati, tam dignati pro me pati, poenas mecum divide. Fac me tecum pie flere, Crucifixo condolere, donec ego vixero. Iuxta Crucem tecum stare, et me tibi sociare in planctu desidero. Virgo virginum praeclara, mihi iam non sis amara: fac me tecum plangere. Fac ut portem Christi mortem, passionis fac consortem, et plagas recolere. Fac me plagis vulnerari, fac me Cruce inebriari, et cruore Filii. Flammis ne urar succensus, per te, Virgo, sim defensus in die iudicii. Christe, cum sit hinc exire, da per Matrem me venire ad palmam victoriae. Quando corpus morietur, fac ut animae donetur Paradisi gloria. Amen.
Texte français
Debout, la Mère des douleurs, / près de la croix était en larmes, / quand son Fils pendait au bois. Alors, son âme gémissante, / toute triste et toute dolente, / un glaive transperça. Qu'elle était triste, anéantie, / la femme entre toutes bénie, / la Mère du Fils de Dieu ! Dans le chagrin qui la poignait, / cette tendre Mère pleurait / son Fils mourant sous ses yeux. Quel homme sans verser de pleurs / verrait la Mère du Seigneur / endurer si grand supplice ? Qui pourrait dans l'indifférence / contempler en cette souffrance / la Mère auprès de son Fils ? Pour toutes les fautes humaines, / elle vit Jésus dans la peine / et sous les fouets meurtri. Elle vit l'Enfant bien-aimé / mourir tout seul, abandonné, / et soudain rendre l'esprit. Ô Mère, source de tendresse, / fais-moi sentir grande tristesse / pour que je pleure avec toi. Fais que mon âme soit de feu / dans l'amour du Seigneur mon Dieu : / que je lui plaise avec toi. Mère sainte, daigne imprimer / les plaies de Jésus crucifié / en mon cœur très fortement. Pour moi, ton Fils voulut mourir, / aussi donne-moi de souffrir / une part de ses tourments. Donne-moi de pleurer en toute vérité, / comme toi près du Crucifié, / tant que je vivrai ! Je désire auprès de la croix / me tenir, debout avec toi, / dans ta plainte et ta souffrance. Vierge des vierges, toute pure, / ne sois pas envers moi trop dure, / fais que je pleure avec toi. Du Christ fais-moi porter la mort, / revivre le douloureux sort / et les plaies, au fond de moi. Fais que ses propres plaies me blessent, / que la croix me donne l'ivresse / du Sang versé par ton Fils. Je crains les flammes éternelles ; / ô Vierge, assure ma tutelle / à l'heure de la justice. Ô Christ, à l'heure de partir, / puisse ta Mère me conduire / à la palme des vainqueurs. À l'heure où mon corps va mourir, / à mon âme, fais obtenir / la gloire du paradis. Amen.
Comment prier le La Mère se tenait debout
Le Stabat Mater est le compagnon naturel du Carême et de la Passion. Au Vendredi Saint, récitez-le (ou écoutez-en une mise en musique) durant la veillée. Au Chemin de Croix, intercalez une strophe entre chaque station, usage franciscain immémorial. Le 15 septembre, fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs, faites-en la Parole de votre prière du jour. Pour la lectio, méditez la demande centrale : Fac ut ardeat cor meum, « fais que mon cœur brûle ». La compassion mariale est une école : elle apprend la souffrance offerte, le silence aux pieds de la Croix, la dignité du deuil chrétien.
Questions fréquentes
Quelles sont les sept douleurs de Marie ?
La prophétie de Syméon, la fuite en Égypte, Jésus perdu trois jours au Temple, la rencontre sur le chemin du Calvaire, la crucifixion, la descente de croix, la mise au tombeau. Cette dévotion remonte au XIVe siècle, codifiée par les Servites de Marie.
Pourquoi tant de mises en musique ?
Le Stabat Mater allie une métrique parfaite (trochées en tercets), une charge émotionnelle et une universalité du sentiment de compassion. De Pergolèse (1736) à Penderecki (1962), les compositeurs y trouvent un prétexte parfait pour explorer la douleur et la consolation en musique sacrée.
Quand l'utiliser dans le Chemin de Croix ?
Dans la pratique franciscaine traditionnelle, on chante une strophe du Stabat Mater entre chaque station : strophe 1 à la station I, strophe 2 à la station II, etc. Vingt strophes pour quatorze stations permettent une récitation plus large ou une sélection.
Pour aller plus loin
- Jacopone da Todi, Laude (poésies vernaculaires en italien et latin)
- Catéchisme de l'Église catholique, §§ 964-970 (la coopération de Marie au mystère de la Croix)
- Liber Usualis, Solesmes, 1961, p. 1634, Stabat Mater (séquence et hymne)
Commentaire spirituel
Le Stabat Mater dolorosa est la plus déchirante des hymnes mariales : il médite Marie au pied de la Croix (Jn 19,25), debout, stabat, dans la dignité douloureuse de la Mater Dolorosa. La paternité est traditionnellement attribuée à Jacopone da Todi (vers 1230-1306), franciscain spirituel, mystique et poète vernaculaire. D'autres attributions ont été proposées (Innocent III, saint Bonaventure), mais le consensus érudit retient Jacopone, dont l'expérience personnelle de deuil (perte de sa femme dans un effondrement) éclaire la profondeur compassionnelle de l'hymne.
La structure est en deux moments. Première moitié (strophes 1-10) : contemplation de Marie au pied de la Croix, son cœur transpercé selon la prophétie de Syméon (Lc 2,35), ses larmes, son silence. Seconde moitié (strophes 11-20) : supplique du fidèle qui demande à entrer dans cette compassion, Fac me tecum pie flere, « fais-moi pleurer pieusement avec toi ». Le mouvement est communionnel : du regard sur Marie souffrante à l'union à sa douleur, qui est elle-même participation à la Passion du Christ.
Retiré du Missel romain par le concile de Trente (qui ne conserva que cinq séquences), le Stabat Mater fut réintroduit en 1727 par Benoît XIII pour la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs (15 septembre). Il est aussi associé au Vendredi Saint et au Chemin de Croix, où chacune des quatorze stations peut être ponctuée d'une strophe. Plus de 400 compositeurs l'ont mis en musique, Pergolèse, Vivaldi, Haydn, Rossini, Dvořák, Poulenc, preuve de la fécondité spirituelle de ce texte.