Souvenez-vous

Apparition de la Vierge à saint Bernard de Clairvaux, par le Pérugin, Alte Pinakothek de Munich
Apparition de la Vierge à saint Bernard de Clairvaux, par le Pérugin, Alte Pinakothek de Munich, .mw-parser-output .ubx-floatdefault[dir="ltr"],.mw-parser-output .ubx-floatopposite[dir="rtl"],.mw-parser-output .ubx-floatleft{float:left}.mw-parser-output .ubx-floatdefault[dir="rtl"],.mw-parser-output .ubx-floatopposite[dir="ltr"],.mw-parser-output .ubx-floatright{float:right}.mw-parser-output .ubx-floatnone{float:none} This user has uploaded 192 quality images to Wikimedia Commons. Self-portrait - Vincent van Gogh, Source : Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Memorare, Memorare : texte latin et français, supplique mariale popularisée par saint François de Sales et saint Bernard, usage dans les épreuves.

Fiche de synthèse

Titre latin
Memorare
Type
oraison
Siècle d'origine
XVe siècle (forme actuelle) ; attribution traditionnelle XIIe siècle
Auteur attribué
Attribution traditionnelle à saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) ; forme actuelle popularisée par le prêtre français Claude Bernard dit le Pauvre Prêtre (1588-1641), qui fit imprimer et distribuer plus de 200 000 copies à Paris
Usage liturgique
Prière privée de demande mariale ; usage individuel quotidien recommandé par les saints (Mère Teresa de Calcutta en faisait sa prière de chevet) ; chapelet ; veillée d'oraison ; pèlerinage marial ; prière des malades et des mourants ; conclusion d'un examen de conscience.
Type
Supplique mariale individuelle
Origine
XVe siècle, attribution traditionnelle à saint Bernard
Auteur attesté
Anonyme, probablement Claude Bernard (XVIIe s., dit « le Pauvre prêtre »)
Diffusion
Saint François de Sales, saint Alphonse de Liguori
Indulgence
Pie IX, 1846 ; confirmée Léon XIII, 1888
Usage
Prière privée dans les épreuves, refuges dans la détresse
Statut
Prière mariale de confiance et d'urgence

Histoire et contexte

Bien que la tradition l'attribue à saint Bernard de Clairvaux, le Memorare sous sa forme actuelle apparaît au XVe siècle comme dernière strophe de la longue prière Ad sanctitatis tuae pedes, dulcissima Virgo Maria. Au XVIIe siècle, Claude Bernard, aumônier des prisonniers et condamnés à mort de Paris, atteste avoir été miraculeusement guéri par cette prière en 1629. Il en imprime à ses frais des centaines de milliers de copies en français et latin, popularise sa diffusion sous le nom de Souvenez-vous et obtient son indulgence du pape Urbain VIII en 1640. Le texte est officiellement enrichi d'indulgences par Pie IX (1846) et confirmé par Léon XIII (Acta Apostolicae Sedis, 1898). Prière intime de confiance filiale en la médiation mariale.

Texte latin

Memorare, O piissima Virgo Maria, non esse auditum a saeculo, quemquam ad tua currentem praesidia, tua implorantem auxilia, tua petentem suffragia, esse derelictum. Ego tali animatus confidentia, ad te, Virgo Virginum, Mater, curro, ad te venio, coram te gemens peccator assisto. Noli, Mater Verbi, verba mea despicere; sed audi propitia et exaudi. Amen.

Texte français

Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu'on n'a jamais entendu dire qu'aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance, ou réclamé vos suffrages, ait été abandonné. Animé d'une pareille confiance, ô Vierge des vierges, ô ma Mère, je viens à vous, et, gémissant sous le poids de mes péchés, je me prosterne à vos pieds. Ô Mère du Verbe incarné, ne méprisez pas mes prières, mais écoutez-les favorablement et daignez les exaucer. Amen.

Commentaire spirituel

Le Memorare, « Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie », est, par excellence, la prière de l'urgence chrétienne : on y court à Marie quand tout vacille. Son ton est unique dans le trésor liturgique : non pas une supplication humble et timide, mais un appel hardi qui invoque le souvenir même de Marie, comme on rappelle à un ami sa parole donnée. La tradition l'attribue à saint Bernard de Clairvaux, mais aucun manuscrit avant le XVe siècle ne l'atteste sous sa forme actuelle.

L'historien le plus probable est Claude Bernard (1588-1641), prêtre parisien dit « le Pauvre prêtre », qui distribuait par milliers, gravée sur des images, cette prière qu'il disait avoir reçue de la Vierge elle-même. Saint François de Sales en avait fait sa prière favorite ; saint Alphonse de Liguori en recommande l'usage dans Les Gloires de Marie. Pie IX en accorda l'indulgence en 1846, à l'aube du dogme de l'Immaculée Conception.

La théologie sous-jacente est celle de la maternité spirituelle de Marie : sous la croix, le Christ a donné Marie pour Mère à tout disciple (Jn 19,26-27). Le Memorare repose sur cette certitude : « jamais on n'a entendu dire qu'aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection… ait été abandonné. » C'est une prière qui ose, parce qu'elle s'appuie sur la fidélité maternelle.

Comment prier le Souvenez-vous

Cette prière est faite pour les heures noires : maladie d'un proche, doute lancinant, tentation violente, décision urgente. Apprenez-la par cœur, elle est brève, et glissez-la dans votre prière du matin ou du soir. Saint François de Sales conseillait de la dire trois fois de suite, à genoux, lorsqu'une épreuve survenait. Beaucoup d'âmes la récitent à intention précise pendant neuf jours consécutifs (neuvaine au Memorare). Elle se termine sans Amen dans certaines versions anciennes : la confiance n'a pas besoin de signature.

Madone de la Miséricorde, panneau central du Polyptyque de la Miséricorde, Pinacothèque de Sansepolcro
Madone de la Miséricorde, panneau central du Polyptyque de la Miséricorde, Pinacothèque de Sansepolcro, Piero della Francesca, Source : Wikimedia Commons (Public domain)

Questions fréquentes

Saint Bernard a-t-il vraiment composé le Memorare ?

Probablement pas. Aucun manuscrit cistercien antérieur au XVe siècle ne le contient. L'esprit en est bernardin (la confiance filiale en Marie), mais la rédaction actuelle est attribuée à Claude Bernard, prêtre parisien du XVIIe siècle, qui en assura la diffusion massive.

Pourquoi parle-t-on du « Pauvre prêtre » ?

Claude Bernard (1588-1641), aumônier des prisonniers et des condamnés à mort à Paris, distribuait gratuitement par milliers des images du Memorare. Surnommé « le Pauvre prêtre » par humilité, il en fit la prière des miséreux et des désespérés.

Y a-t-il des indulgences attachées ?

Pie IX accorda en 1846 une indulgence à la récitation pieuse du Memorare. Léon XIII confirma en 1888. Le Manuel des Indulgences (Enchiridion indulgentiarum) actuel inclut cette prière dans les supplications mariales recommandées.

Pour aller plus loin

  • Saint Alphonse de Liguori, Les Gloires de Marie, IIᵉ partie (commentaire des prières mariales)
  • Henri Petitot, Le Père Bernard, dit le Pauvre Prêtre, et le Memorare, éd. Lethielleux, 1929
  • Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2673-2679, « Prier avec la Mère de Jésus »