Souvenez-vous
Memorare, Memorare : texte latin et français, supplique mariale popularisée par saint François de Sales et saint Bernard, usage dans les épreuves.
Fiche de synthèse
- Titre latin
- Memorare
- Type
- oraison
- Siècle d'origine
- XVe siècle (forme actuelle) ; attribution traditionnelle XIIe siècle
- Auteur attribué
- Attribution traditionnelle à saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) ; forme actuelle popularisée par le prêtre français Claude Bernard dit le Pauvre Prêtre (1588-1641), qui fit imprimer et distribuer plus de 200 000 copies à Paris
- Usage liturgique
- Prière privée de demande mariale ; usage individuel quotidien recommandé par les saints (Mère Teresa de Calcutta en faisait sa prière de chevet) ; chapelet ; veillée d'oraison ; pèlerinage marial ; prière des malades et des mourants ; conclusion d'un examen de conscience.
- Type
- Supplique mariale individuelle
- Origine
- XVe siècle, attribution traditionnelle à saint Bernard
- Auteur attesté
- Anonyme, probablement Claude Bernard (XVIIe s., dit « le Pauvre prêtre »)
- Diffusion
- Saint François de Sales, saint Alphonse de Liguori
- Indulgence
- Pie IX, 1846 ; confirmée Léon XIII, 1888
- Usage
- Prière privée dans les épreuves, refuges dans la détresse
- Statut
- Prière mariale de confiance et d'urgence
Histoire et contexte
Bien que la tradition l'attribue à saint Bernard de Clairvaux, le Memorare sous sa forme actuelle apparaît au XVe siècle comme dernière strophe de la longue prière Ad sanctitatis tuae pedes, dulcissima Virgo Maria. Au XVIIe siècle, Claude Bernard, aumônier des prisonniers et condamnés à mort de Paris, atteste avoir été miraculeusement guéri par cette prière en 1629. Il en imprime à ses frais des centaines de milliers de copies en français et latin, popularise sa diffusion sous le nom de Souvenez-vous et obtient son indulgence du pape Urbain VIII en 1640. Le texte est officiellement enrichi d'indulgences par Pie IX (1846) et confirmé par Léon XIII (Acta Apostolicae Sedis, 1898). Prière intime de confiance filiale en la médiation mariale.
Texte latin
Memorare, O piissima Virgo Maria, non esse auditum a saeculo, quemquam ad tua currentem praesidia, tua implorantem auxilia, tua petentem suffragia, esse derelictum. Ego tali animatus confidentia, ad te, Virgo Virginum, Mater, curro, ad te venio, coram te gemens peccator assisto. Noli, Mater Verbi, verba mea despicere; sed audi propitia et exaudi. Amen.
Texte français
Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu'on n'a jamais entendu dire qu'aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance, ou réclamé vos suffrages, ait été abandonné. Animé d'une pareille confiance, ô Vierge des vierges, ô ma Mère, je viens à vous, et, gémissant sous le poids de mes péchés, je me prosterne à vos pieds. Ô Mère du Verbe incarné, ne méprisez pas mes prières, mais écoutez-les favorablement et daignez les exaucer. Amen.
Comment prier le Souvenez-vous
Cette prière est faite pour les heures noires : maladie d'un proche, doute lancinant, tentation violente, décision urgente. Apprenez-la par cœur, elle est brève, et glissez-la dans votre prière du matin ou du soir. Saint François de Sales conseillait de la dire trois fois de suite, à genoux, lorsqu'une épreuve survenait. Beaucoup d'âmes la récitent à intention précise pendant neuf jours consécutifs (neuvaine au Memorare). Elle se termine sans Amen dans certaines versions anciennes : la confiance n'a pas besoin de signature.
Questions fréquentes
Saint Bernard a-t-il vraiment composé le Memorare ?
Probablement pas. Aucun manuscrit cistercien antérieur au XVe siècle ne le contient. L'esprit en est bernardin (la confiance filiale en Marie), mais la rédaction actuelle est attribuée à Claude Bernard, prêtre parisien du XVIIe siècle, qui en assura la diffusion massive.
Pourquoi parle-t-on du « Pauvre prêtre » ?
Claude Bernard (1588-1641), aumônier des prisonniers et des condamnés à mort à Paris, distribuait gratuitement par milliers des images du Memorare. Surnommé « le Pauvre prêtre » par humilité, il en fit la prière des miséreux et des désespérés.
Y a-t-il des indulgences attachées ?
Pie IX accorda en 1846 une indulgence à la récitation pieuse du Memorare. Léon XIII confirma en 1888. Le Manuel des Indulgences (Enchiridion indulgentiarum) actuel inclut cette prière dans les supplications mariales recommandées.
Pour aller plus loin
- Saint Alphonse de Liguori, Les Gloires de Marie, IIᵉ partie (commentaire des prières mariales)
- Henri Petitot, Le Père Bernard, dit le Pauvre Prêtre, et le Memorare, éd. Lethielleux, 1929
- Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2673-2679, « Prier avec la Mère de Jésus »
Commentaire spirituel
Le Memorare, « Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie », est, par excellence, la prière de l'urgence chrétienne : on y court à Marie quand tout vacille. Son ton est unique dans le trésor liturgique : non pas une supplication humble et timide, mais un appel hardi qui invoque le souvenir même de Marie, comme on rappelle à un ami sa parole donnée. La tradition l'attribue à saint Bernard de Clairvaux, mais aucun manuscrit avant le XVe siècle ne l'atteste sous sa forme actuelle.
L'historien le plus probable est Claude Bernard (1588-1641), prêtre parisien dit « le Pauvre prêtre », qui distribuait par milliers, gravée sur des images, cette prière qu'il disait avoir reçue de la Vierge elle-même. Saint François de Sales en avait fait sa prière favorite ; saint Alphonse de Liguori en recommande l'usage dans Les Gloires de Marie. Pie IX en accorda l'indulgence en 1846, à l'aube du dogme de l'Immaculée Conception.
La théologie sous-jacente est celle de la maternité spirituelle de Marie : sous la croix, le Christ a donné Marie pour Mère à tout disciple (Jn 19,26-27). Le Memorare repose sur cette certitude : « jamais on n'a entendu dire qu'aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection… ait été abandonné. » C'est une prière qui ose, parce qu'elle s'appuie sur la fidélité maternelle.