Salut, Reine
Salve Regina, Salve Regina : antienne mariale du temps ordinaire, texte latin et français, attribuée à Hermann Contract (XIe s.), usage à Complies.
Fiche de synthèse
- Titre latin
- Salve Regina
- Type
- antienne mariale
- Siècle d'origine
- XIe siècle
- Auteur attribué
- Anonyme XIe siècle ; attribution traditionnelle à Hermann Contract (Hermannus Contractus, 1013-1054), moine de Reichenau ; parfois aussi à Adhémar de Monteil ou Pierre de Compostelle
- Usage liturgique
- Antienne mariale finale de l'Office divin (Complies) du samedi avant la Trinité jusqu'au vendredi avant le premier dimanche de l'Avent ; chantée à la fin du chapelet ; office de la Vierge le samedi ; cantique processionnel des Dominicains après Complies (Salve solennel) ; conclusion du Rosaire ; prière des marins (Salve marinera).
- Type
- Antienne mariale finale (Office)
- Origine
- XIe siècle, milieu monastique rhénan ou aquitain
- Auteur
- Attribuée à Hermann Contract (1013-1054), moine de Reichenau
- Première mention
- Liturgie cistercienne, vers 1140
- Usage liturgique
- Antienne finale de Complies, Trinité à l'Avent
- Mélodie
- Tons solemnis et simplex (Liber Usualis)
- Statut
- L'une des quatre grandes antiennes mariales finales
Histoire et contexte
Antienne mariale composée vers le milieu du XIe siècle, probablement à l'abbaye bénédictine de Reichenau par Hermann Contract, érudit infirme connu pour son génie hymnographique. Diffusée par Cluny dès la fin du XIe siècle, elle est adoptée par les Cisterciens (1218) puis les Dominicains (1221) qui en font le chant de procession quotidien après Complies. Le pape Grégoire IX (1239) la prescrit pour toute la chrétienté latine le vendredi soir. Saint Bernard de Clairvaux aurait, selon la tradition de Spire (1146), ajouté les invocations finales O clemens, O pia, O dulcis Virgo Maria. Depuis le bréviaire romain de Pie V (1568), elle est l'antienne finale de l'Office du temps après la Pentecôte jusqu'à l'Avent.
Texte latin
Salve, Regina, Mater misericordiae, vita, dulcedo et spes nostra, salve. Ad te clamamus, exsules filii Hevae. Ad te suspiramus, gementes et flentes in hac lacrimarum valle. Eia ergo, advocata nostra, illos tuos misericordes oculos ad nos converte. Et Iesum, benedictum fructum ventris tui, nobis post hoc exsilium ostende. O clemens, O pia, O dulcis Virgo Maria.
Texte français
Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre douceur et notre espérance, salut. Enfants d'Ève, exilés, nous crions vers vous. Vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes. Ô vous, notre avocate, tournez vers nous vos regards miséricordieux. Et après cet exil, montrez-nous Jésus, le fruit béni de vos entrailles. Ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie.
Comment prier le Salut, Reine
Adoptez l'usage monastique : récitez (ou chantez) le Salve Regina chaque soir avant le sommeil. Le Tonus solemnis du Liber Usualis, en mode dorien, est d'une beauté qui apaise ; le Tonus simplex convient à la prière familiale. Si vous le récitez seul, faites-le à voix basse, lampe éteinte, en imaginant la nef sombre du monastère. À la fin du Rosaire, beaucoup le disent en conclusion. À l'heure de la mort d'un proche, il est traditionnel de le chanter au chevet : Marie « nous montre, après cet exil, Jésus, le fruit béni de son sein ».
Questions fréquentes
Pourquoi est-elle chantée à Complies ?
Complies est l'office du soir, le dernier de la journée monastique. L'antienne mariale finale, dont le Salve Regina est l'une des quatre formes, confie la nuit à la protection de la Vierge avant le silence du grand silence monastique.
Quelles sont les quatre antiennes mariales finales ?
Salve Regina (Trinité à l'Avent), Alma Redemptoris Mater (Avent à Chandeleur), Ave Regina Cælorum (Chandeleur à Pâques), Regina Cæli (temps pascal). Chacune a sa saison liturgique.
Saint Bernard a-t-il vraiment ajouté « O clemens, O pia, O dulcis » ?
La légende cistercienne le rapporte à Spire en 1146, devant une statue mariale qui aurait répondu à son salut. Historiquement, ces invocations apparaissent dans les manuscrits postérieurs à 1150, ce qui rend l'attribution plausible mais non certaine.
Pour aller plus loin
- Saint Bernard de Clairvaux, Sermons sur le Cantique des cantiques
- Joseph de Valois, Hermann Contract et la Salve Regina, Revue Mabillon, 1922
- Liber Usualis, Solesmes, 1961, p. 276 (Salve Regina, ton solennel et simple)
Commentaire spirituel
Le Salve Regina est, selon la tradition cistercienne, le dernier souffle marial du jour monastique : à l'office de Complies, après la bénédiction Noctem quietam, les moines la chantent dans la nuit, lampes éteintes, comme on confie son enfant au sommeil. La paternité d'Hermann le Boiteux (Contractus, 1013-1054), moine bénédictin de Reichenau, est traditionnellement reçue mais discutée : Pierre le Vénérable la mentionne déjà en 1135. Saint Bernard l'aurait introduite à Cluny et à Cîteaux ; c'est par les Cisterciens et les Dominicains qu'elle s'est répandue dans toute l'Église latine.
Le texte est un crescendo de tendresse filiale. Marie y est saluée Reine, Regina, mais Reine de miséricorde, vie, douceur, espérance. L'invocation « ad te clamamus, exsules filii Hevæ » (« vers vous nous crions, exilés, fils d'Ève ») dit la condition humaine post-lapsaire dans toute son âpreté : nous sommes exilés, et nous appelons une Mère. Les trois adjectifs finaux, O clemens, O pia, O dulcis Virgo Maria, sont, selon la légende cistercienne, l'ajout improvisé de saint Bernard, agenouillé devant une statue mariale à Spire en 1146.
Cette antienne, dans le Bréviaire romain, est dite après Complies depuis la Trinité jusqu'au premier dimanche de l'Avent, soit la majeure partie de l'année liturgique. Elle ferme le jour comme le manteau de Marie ferme la prière de l'Église.