Âme du Christ
Anima Christi, Anima Christi : prière d'action de grâce eucharistique du XIVe siècle, texte latin et français, popularisée par saint Ignace de Loyola.
Fiche de synthèse
- Titre latin
- Anima Christi
- Type
- oraison eucharistique
- Siècle d'origine
- XIVe siècle
- Auteur attribué
- Auteur anonyme du XIVe siècle ; longtemps attribuée à tort à saint Ignace de Loyola (XVIe), elle apparaît dans des manuscrits dès c. 1314 et fut indulgenciée par Jean XXII en Avignon (1330)
- Usage liturgique
- Prière privée d'action de grâces après la communion, recommandée par le Missel romain dans son appendice (Gratiarum actio post Missam). Récitée par les fidèles après la réception de l'Eucharistie, à l'adoration du Saint-Sacrement et lors du Salut du Saint-Sacrement. Première prière proposée au début des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, donc utilisée dans la spiritualité jésuite et durant les retraites ignatiennes. Indulgence partielle accordée par Pie IX (1854) puis confirmée.
- Type
- Prière d'action de grâce eucharistique
- Origine
- XIVe siècle (vers 1330), milieu monastique
- Auteur
- Anonyme (manuscrit Avignon BM 1338)
- Diffusion
- Saint Ignace de Loyola, <em>Exercices spirituels</em> (1548)
- Indulgence
- Indulgence accordée par Jean XXII (1330), confirmée par Pie IX (1854)
- Usage
- Action de grâce après la communion, oraison personnelle
- Statut
- Prière eucharistique majeure de la spiritualité ignatienne
Histoire et contexte
L'Anima Christi est une oraison eucharistique courte attestée dès le début du XIVe siècle, antérieure de deux siècles à saint Ignace de Loyola qui la cite seulement au début des Exercices spirituels (1522-1548), contribuant à sa diffusion. La plus ancienne attestation manuscrite figure dans un livre d'heures conservé à la British Library (MS Harley 2253) vers 1314, et le pape Jean XXII l'aurait indulgenciée à Avignon en 1330. Composée de douze brèves invocations centrées sur la Passion (sang, eau du côté, plaies, croix), elle est une prière privée de communion qui spiritualise la dévotion eucharistique de la fin du Moyen Âge, à l'époque de l'institution de la Fête-Dieu (1264) et des processions du Saint-Sacrement.
Texte latin
Anima Christi, sanctifica me. Corpus Christi, salva me. Sanguis Christi, inebria me. Aqua lateris Christi, lava me. Passio Christi, conforta me. O bone Iesu, exaudi me. Intra tua vulnera absconde me. Ne permittas me separari a te. Ab hoste maligno defende me. In hora mortis meae voca me. Et iube me venire ad te, Ut cum Sanctis tuis laudem te In saecula saeculorum. Amen.
Texte français
Âme du Christ, sanctifie-moi. / Corps du Christ, sauve-moi. / Sang du Christ, enivre-moi. / Eau du côté du Christ, lave-moi. / Passion du Christ, fortifie-moi. / Ô bon Jésus, exauce-moi. / Dans tes blessures, cache-moi. / Ne permets pas que je sois séparé de toi. / De l'ennemi défends-moi. / À l'heure de ma mort, appelle-moi. / Et ordonne-moi de venir à toi, / Pour qu'avec tes saints je te loue, / Dans les siècles des siècles. Amen.
Comment prier le Âme du Christ
Le moment privilégié est l'action de grâce après la communion : restez à genoux ou assis quelques minutes, et récitez lentement chaque invocation, en laissant chaque mot descendre dans le cœur. Saint Ignace la propose à l'ouverture des Exercices spirituels et à chaque temps de contemplation. Pour la lectio, méditez les sept invocations sur sept jours. À l'agonie d'un proche, récitez-la à voix douce, la finale (in hora mortis meæ) est un viatique. Le grégorien (plain-chant simple) en existe ; les mises en musique modernes (Marco Frisina, Maurice Duruflé) sont également superbes.
Questions fréquentes
Saint Ignace de Loyola en est-il l'auteur ?
Non. La prière est antérieure d'environ deux siècles à saint Ignace (manuscrit Avignon de 1330). Le saint l'a placée à l'ouverture des Exercices spirituels (1548) et l'a fait connaître à toute l'Europe catholique, d'où l'attribution erronée.
Quand la réciter idéalement ?
Le temps liturgique propre est l'action de grâce après la communion eucharistique : restez quelques minutes en silence après le retour à votre place, et récitez-la lentement. Les Exercices ignatiens en font aussi la prière de l'entrée en oraison.
Que signifie « in hora mortis meæ voca me » ?
« À l'heure de ma mort, appelle-moi. » Le fidèle confie son agonie au Christ, lui demandant de l'appeler à lui comme un berger appelle sa brebis. C'est la prière du viatique : on la murmure traditionnellement au mourant pour l'accompagner.
Pour aller plus loin
- Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels (1548), prière d'ouverture
- James Brodrick, The Origin of the Anima Christi, The Month, 1944 (étude historique)
- Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1391-1401 (les fruits de la communion eucharistique)
Commentaire spirituel
L'Anima Christi, « Âme du Christ, sanctifie-moi », est une prière d'action de grâce après la communion, datée du début du XIVe siècle (manuscrit le plus ancien : Avignon, BM 1338, vers 1330). Longtemps attribuée à saint Ignace de Loyola en raison de la place centrale qu'elle occupe dans ses Exercices spirituels (1548), elle lui est en réalité antérieure de deux siècles. Saint Ignace ne l'a pas composée mais l'a popularisée comme prière préparatoire à la contemplation.
La structure est rythmée par sept invocations à la personne du Christ saisie sous différents aspects : son âme, son corps, son sang, l'eau de son côté, sa passion, ses plaies, sa parole. Chaque invocation est suivie d'un verbe d'action sur l'âme du fidèle : sanctifie-moi, sauve-moi, enivre-moi, lave-moi, fortifie-moi, cache-moi, écoute-moi. C'est une communion par mots, qui prolonge et intériorise la communion sacramentelle. Les dernières strophes, In hora mortis meæ voca me, et iube me venire ad te, confient la mort à venir entre les mains du Christ.
Le pape Jean XXII accorda en 1330 une indulgence à sa récitation, confirmée par Pie IX en 1854. La théologie eucharistique sous-jacente est dense : la communion n'est pas un simple acte ponctuel, mais une transformation progressive du communiant en Christ. Saint Augustin disait : « Je suis ta nourriture : tu ne me changeras pas en toi, mais c'est toi qui seras changé en moi » (Confessions VII, 10, 16). L'Anima Christi est la prière de cette mutation.