L'Angélus
Angelus Domini, Angelus Domini : texte latin et français, prière des trois temps quotidiens (matin, midi, soir), histoire monastique et usage actuel.
Fiche de synthèse
- Titre latin
- Angelus Domini
- Type
- angélus
- Siècle d'origine
- XIIIe-XVIe siècles (formation progressive) ; forme actuelle fixée vers 1571
- Auteur attribué
- Composition liturgique anonyme ; développement franciscain (Bonaventure, vers 1269) ; codification sous saint Pie V après Lépante (1571) ; forme finale promulguée par Benoît XIV (1742)
- Usage liturgique
- Récitation publique trois fois par jour au son de la cloche : 6h (matines), 12h (midi), 18h (vespérales) ; debout le samedi soir, le dimanche et au temps pascal (où on lui substitue le Regina caeli) ; à genoux les autres jours ; allocution dominicale du Pape sur la place Saint-Pierre depuis Pie XII ; sonnerie civile encore conservée dans de nombreux clochers de France.
- Type
- Prière mariale des trois temps quotidiens
- Origine
- XIIIe-XIVe siècles, milieu franciscain
- Auteur
- Anonyme (formation progressive)
- Forme stabilisée
- XVIe-XVIIe siècle
- Sonnerie
- Cloche de l'Angélus à 6h, 12h et 18h
- Usage liturgique
- Prière privée recommandée par les papes (Benoît XV, Jean XXIII)
- Substitution
- Regina Cæli au temps pascal
Histoire et contexte
L'Angélus naît au XIIIe siècle de la coutume monastique des trois Ave Maria sonnés au couvre-feu du soir, instituée par saint Bonaventure au chapitre franciscain de Pise (1263-1269). Au XIVe siècle, le pape Jean XXII (1318, 1327) accorde des indulgences pour la sonnerie du soir à Saintes et dans toute la chrétienté. Louis XI fait sonner l'Angélus de midi en France (1472) en mémoire de la paix. La triple récitation matin-midi-soir se généralise au XVIe siècle. Saint Pie V, après la victoire de Lépante (7 octobre 1571), donne sa forme définitive aux trois versets et répons. Benoît XIV (Iniunctae nobis, 1742) en prescrit la récitation universelle, debout le samedi soir et le dimanche, à genoux les autres jours, et fixe le Regina caeli pour le temps pascal. Tradition incarnée par Millet dans son tableau de 1857.
Texte latin
V. Angelus Domini nuntiavit Mariae. R. Et concepit de Spiritu Sancto. Ave Maria, gratia plena... V. Ecce ancilla Domini. R. Fiat mihi secundum verbum tuum. Ave Maria... V. Et Verbum caro factum est. R. Et habitavit in nobis. Ave Maria... V. Ora pro nobis, sancta Dei Genitrix. R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi. Oremus. Gratiam tuam, quaesumus, Domine, mentibus nostris infunde, ut qui, Angelo nuntiante, Christi Filii tui incarnationem cognovimus, per passionem eius et crucem, ad resurrectionis gloriam perducamur. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.
Texte français
V. L'Ange du Seigneur apporta l'annonce à Marie. R. Et elle conçut du Saint-Esprit. Je vous salue Marie... V. Voici la Servante du Seigneur. R. Qu'il me soit fait selon votre parole. Je vous salue Marie... V. Et le Verbe s'est fait chair. R. Et il a habité parmi nous. Je vous salue Marie... V. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu. R. Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ. Prions. Que ta grâce, Seigneur, nous soit donnée : ainsi, nous qui avons connu, par le message de l'ange, l'incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix, jusqu'à la gloire de la résurrection. Par le même Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.
Comment prier le L'Angélus
Adoptez l'usage triple : matin (à 7h ou au lever), midi (à 12h, idéalement debout, en interrompant le travail), soir (à 18h ou au crépuscule). À la cloche, si vous l'entendez encore, joignez-vous-y. La génuflexion ou l'inclination profonde au verset « Et Verbum caro factum est » engage le corps. En famille, faites-en la prière commune avant les repas du midi et du soir : trois minutes suffisent. Pendant le temps pascal, substituez le Regina Cæli, debout cette fois, en signe de joie pascale.
Questions fréquentes
Pourquoi sonne-t-on l'Angélus à 12h ?
Calixte III institua en 1456 une sonnerie de midi pour demander à Dieu la victoire contre les Turcs assiégeant Belgrade. Après la victoire de Jean Hunyadi (22 juillet 1456), la sonnerie fut pérennisée comme action de grâce et associée aux trois Ave de l'Angélus.
Quelle est la différence avec le Regina Cæli ?
Le Regina Cæli remplace l'Angélus pendant le temps pascal (de Pâques à la Pentecôte). C'est un cantique d'allégresse à la Vierge pour la Résurrection du Christ. On le récite debout ; l'Angélus se récite traditionnellement à genoux au verset central.
Faut-il vraiment s'agenouiller à « Et Verbum caro factum est » ?
La rubrique traditionnelle demande une génuflexion à ces mots, qui rappellent l'Incarnation. Le Cérémonial des évêques permet une inclination profonde pour ceux qui ne peuvent s'agenouiller. Le geste corporel est essentiel : il manifeste l'adoration du Verbe fait chair.
Pour aller plus loin
- Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique, Avent, ch. sur l'Angélus
- Herbert Thurston, Familiar Prayers, Burns Oates, 1953 (étude historique de l'Angélus)
- Paul VI, exhortation Marialis Cultus (1974), § 41 (l'Angélus au seuil du jour)
Commentaire spirituel
L'Angelus Domini ponctue le jour chrétien de trois rappels de l'Incarnation. Sa formation remonte aux usages monastiques médiévaux : dès le XIe siècle, les moines bénédictins sonnent une cloche le soir pour trois Ave ; les Franciscains du XIIIe siècle (chapitre général de Pise, 1263) généralisent l'usage. L'Angélus du matin est attesté à Parme dès 1318, l'Angélus de midi sous Calixte III en 1456 (action de grâce après la victoire de Belgrade contre les Turcs). La forme actuelle, en trois versets-réponses entrelacés de trois Ave, se fixe au XVIe siècle.
La structure est un drame en trois tableaux : annonce de l'ange (« Angelus Domini nuntiavit Mariæ »), fiat de la Vierge (« Ecce ancilla Domini »), accomplissement (« Et Verbum caro factum est »). À ce dernier verset, la rubrique demande une génuflexion ou une inclination profonde, geste d'adoration du mystère de l'Incarnation. La collecte finale (« Gratiam tuam… ») est celle même de la fête de l'Annonciation : on y demande, par les mérites de la Passion, d'entrer dans la gloire de la Résurrection. L'Angélus est ainsi tout l'Évangile en trois minutes.
Au temps pascal, du Samedi saint à la Trinité, l'Angélus laisse place au Regina Cæli, cantique d'allégresse pour la Résurrection. Cette substitution liturgique souligne que la prière chrétienne suit le rythme de l'année sainte. Les papes modernes, Benoît XV, Pie XII, Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II, ont tous récité publiquement l'Angélus du dimanche midi place Saint-Pierre, geste devenu du pontificat romain.